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15 mai 2008

Invité par Cap21 pour la Journée mondiale contre l'homophobie

1601828263.jpgCap21, parti écologiste fondateur du Mouvement Démocrate, présidée par Corinne Lepage, m'a offert dans le cadre de sa thématique "Des mots et des idées", une tribune libre à l'occasion de la Journée mondiale contre l'homophobie samedi prochain, dont je vous reproduis le texte ci-dessous. A noter que je suis le premier invité pour cette rubrique qui accueillera chaque semaine un acteur de la vie publique pour partager son point de vue.

Journée mondiale contre l'homophobie : une question d'amour et de respect
La question mérite d'être posée puisqu'on me le dit cent fois : une journée contre l'homophobie est-elle bien utile ? Utile à quoi au juste ai-je envie de leur répondre. Utile à la société, utile au commun des mortels, utile à la vie en communauté ? Oui, plus que jamais, cette journée de la vérité, serai-je tenté de dire, peut et doit être utile. Car l'homosexualité, ce n'est pas ce que l'on peut entendre, lire ou voir au quotidien. D'ailleurs, ce même constat peut-être fait pour l'homophobie. Evidemment, on accepte sûrement mieux les homos aujourd'hui qu'hier. « Accepter » est-il finalement le bon mot ? Car il n'y a rien à accepter, rien à tolérer, rien à définir. L'homosexualité ne doit pas se comprendre en terme « d'acceptation » dans la société. Ce serait déjà un pas de fait. Hélas, nous n'en sommes pas encore là car la loi et l'Etat nous le disent si bien quand il faut le rappeler.
Tout Homme que je suis, tout responsable politique que je puisse être, tout citoyen respectueux de son devoir que je puisse vouloir être, je reste en marge inévitablement de ce qui se construit. Un député conservateur me l'a si bien rappelé mais dans l'esprit général, il faut oser le dire clairement : l'homosexualité reste inférieure à l'hétérosexualité. Je m'explique : le mariage, l'adoption, le don du sang, les règles générales de filiation. Rien n'est autorisé aux homosexuel(le)s aujourd'hui. Bien évidemment, des aménagements ont été constatés. Des choses ont été réalisées. Pourtant, la différence existe encore. Une différence créée sous forme de droits. Ce n'est tout de même pas grande chose que de revendiquer le droit de ne pas être un sous-citoyen. Car, je ne me le cache pas, l'homophobie commence ici même : dans la création d'un refus général face à un fait, face à une situation donnée. Le refuser, cela revient à argumenter en faveur d'une différence, d'une identité autre, d'une façon d'être hors de la norme voulue. Et refuser cela, c'est aussi mettre de l'eau au moulin de l'homophobie, et ce qu'on le veuille ou non. A Paris, le week-end dernier, une nouvelle agression homophobe a eu lieu. Battu à terre parce qu'homo. Il n' y a pas si longtemps, on essayait même d'en brûler un vif. Pourtant, l'Etat ne semble pas plus réagir que ça. Il va même jusqu'à enlever temporairement la nationalité française d'un de ces citoyens car il a commis le crime de se marier avec un autre homme aux Pays-Bas. Le droit ne se fait toujours pas respecter. Et puis, il y a aussi ces insultes quotidiennes, ces brimades, ce système d'infériorisation, de rejet. Dans les stades, au travail, dans les cours de récréation, dans la rue. Le droit à l'indifférence est nié dans sa globalité la plus pure.
Et puis la France, ce n'est pas le centre du monde. Même si elle sait déjà toute seule créée des situations de discriminations honteuses, la France n'est pas le quotidien de ce qui se passe ailleurs. Plus de 90 pays interdisent toujours les relations sexuelles entre personne de même sexe ou les répriment systématiquement. Les peines encourues vont jusqu'à la peine de mort comme c'est le cas encore en Iran, au Pakistan ou au Soudan. La moitié des Etats pendent encore les homos, les fusillent, les lapident. La réalité est loin de nos yeux mais l'homophobie la plus intense est représentée dans ces actes indignes. Les discours changent aussi près de chez nous, en témoigne le dérapage verbal du nouveau maire de Rome, Gianni Alemanno, qui souhaite tout bonnement interdire la Marche des Fiertés dans sa ville… mais assure « tolérer » l'homosexualité… Il en connaîtrait même des homos ! En Russie, en Pologne, le discours vire aussi souvent à l'extrémisme.
Nous en sommes à la croisée des chemins. Nous avons compris et analysé l'homophobie qui mène à la violence, à la mort. Cependant, nous refusons d'entendre l'homophobie la plus présente, la plus persistante, la plus cachée peut-être. Celle qui sévit chaque jour, celle qui reste dans les paroles, dans les quolibets. Entendre « sale petit pédé » quand on est adolescent, c'est aussi accompagner vers le déni de soi et trop souvent vers une fin de vie prématurée. Pourtant, en France, aucune enquête sérieuse, aucune étude, aucune volonté réelle de pédagogie. Car c'est peut-être croire en un idéal, c'est peut-être croire que le monde est meilleur, mais je reste persuadé que l'Etat a tout son rôle à jouer dans la transformation des esprits et des mentalités. Que c'est même sa mission première. Les grands personnages homos doivent faire leur apparition dans les manuels scolaires, en cours d'éducation sexuelle, l'homosexualité doit être traitée comme l'hétérosexualité, dans les stades, tout comportement homophobe doit être immédiatement sanctionnée. C'est en passant par cette connaissance de l'autre, de ce qui peut-être étranger que naîtra aussi le respect de l'autre et inévitablement qu'on protègera l'autre.
Car cette journée mondiale de lutte contre l'homophobie, au-delà d'être juste une question d'amour, doit être tout simplement une question de respect.